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L'ampleur des violences conjugales

 

La multiplication de rapports officiels depuis 1989 dans ce domaine permet une meilleure connaissance du phénomène en même temps qu’elle témoigne de sa prise en compte institutionnelle à partir des années 1990. Ce que donnent à voir en premier lieu ces enquêtes est l’ampleur insoupçonnée de la violence conjugale dans les ménages :

 

1 femme sur 10 est victime de violences conjugales en France 

1 femme en meurt tous les 2 jours et demi.

Les violences conjugales sont la première cause de mortalité des femmes de 16 à 44 ans en Europe.

 

L'enquête ENVEFF (Enquête Nationale Violences Envers les Femmes en France) réalisée en 2000 marquera les esprits car ses résultats permettront de rompre un certain nombre d’idées reçues concernant la violence dans le couple. Il apparaît que cette forme de violence existe dans tous les milieux sociaux et dans toutes les cultures.

 

En outre, elle existe dans une proportion considérable : c’est 10 % des femmes qui déclarent avoir été victimes de violences au cours des 12 derniers mois alors même que pour 45 % d’entre elles, c’est la première fois qu’elles en parlent au moment de l’enquête.

 
 

Terminologie

 

Dans les premiers temps de la dénonciation de la violence au sein du couple, le terme qui s’impose est celui de "femme battue". Cette image forte, est encore très répandue pour désigner la violence conjugale mais elle pose le problème de mettre l’accent sur les violences physiques.

 

Puis on voit s’imposer progressivement le terme de "violences conjugales", qui permet d’inclure les violences sexuelles, psychologiques, économiques et administratives. On comprend dès lors ce phénomène comme étant global et multiforme. On parle de "la violence conjugale" afin de souligner son caractère général et partagé ; ou de "violences conjugales" en référence à la pluralité de situations auxquelles elle renvoie.

 

Ce sont les anglo-saxons, notamment, dont le terme consacré était celui de "marital violence" qui ouvrent de nouvelles perspectives. On reproche au terme de "marital violence" ou de "violence conjugale" de se limiter aux couples mariés. Se développent des termes tels que "violences domestiques", de "violences familiales" ou "intra-familiales" qui envisagent plusieurs auteurs éventuels de violence mais réduisent "l’univers féminin au huit clos du foyer". Depuis, ils ne prennent pas compte des partenaires n’ayant pas de vie commune : le terme d’ "intimate partner violence" (violence exercée par un partenaire intime) voit le jour pour la première fois dans un rapport de l’OMS en 2002.

 
 

Définitions

 

Donner une définition satisfaisante de la violence conjugale pose un certain nombre de problèmes. Tout d’abord, il existe un désaccord sur les actes qui doivent ou non être compris comme des signes de Violence Conjugale. De même, le phénomène de la violence en soi fait l’objet de diverses approches et définitions.

 

Pour notre part, nous établissons une distinction entre la définition à donner de la Violence Conjugale et les formes que celles-ci peut revêtir. Les expériences de ce fléau diffèrent considérablement d’une victime à l’autre et nous ne pouvons nous satisfaire d’une énumération d’actes violents pour le définir.

 

C’est pourquoi, contrairement à certaines définitions, comme celui du Ministère de la Justice états-unien, nous reprendrons celle qui est donnée par le Professeur Henrion en 2001, qui nous paraît refléter correctement les enjeux de la violence au sein du couple :  

 

Les violences conjugales se caractérisent par "un processus évolutif au cours duquel un partenaire exerce, dans le cadre d’une relation privilégiée, une domination qui s’exprime par des agressions physiques, psychiques ou sexuelles. Elles se distinguent des conflits de couples en difficulté. La violence se manifeste au cours de scènes répétées, de plus en plus sévères, qui entraînent des blessures ainsi que des séquelles affectives et psychologiques extrêmement graves. Elles obéissent à des cycles où, après les moments de crise, s’installent des périodes de rémission au cours desquelles la femme reprend l’espoir de la disparition des violences. Cependant la fréquence et l’intensité des scènes de violence augmentent avec le temps, pouvant aboutir au suicide de la femme ou à un homicide".

 

Dans cette définition, le Professeur Henrion invite à distinguer "violence" et "conflit". En effet, le conflit est relatif à des formes agressives d’interactions entre deux ou plusieurs individus. Il existe dans la plupart des couples et peut même prendre une forme violente. La violence conjugale quant à elle, "si elle peut prendre des formes identiques, est univoque : la même personne subit les coups et cède lors des altercations". Cette définition évoque également le caractère cyclique  de la violence conjugale.

Cependant, elle pose le problème de ne pas remettre la Violence Conjugale dans le contexte des constructions sociales de genre telles que nous les avons définies. L’approche purement psychologique du phénomène n’apporte pas de réponse à la question de savoir pourquoi ce sont les femmes qui en sont, dans la quasi-totalité des cas, les victimes.

 

C’est pourquoi la définition donnée par la Fédération Nationale Solidarité Femmes à laquelle nous adhérons, nous apparaît comme un compromis intéressant entre les deux dimensions, psychologique et sociale :  

  

"La violence conjugale est, dans une relation privée ou privilégiée, une atteinte volontaire à l’intégrité de l’autre, une emprise, un conditionnement dont il est difficile de sortir lorsqu’on en est une des victimes. La violence conjugale bénéficie du secret du privé, ce qui permet aux auteurs d’asseoir leur contrôle dans l’impunité. Elle constitue la forme la plus fréquente de violence envers les femmes. Elle fait partie de l’héritage patriarcal qui est caractérisé par le déséquilibre des rapports de pouvoir entre les sexes dans nos sociétés". 

 

Les différentes formes de violences

 

Les violences conjugales ont des effets dévastateurs sur tous les aspects de la vie de la victime.

 

Elle prennent des formes multiples :

  • verbales : cris, injures,…

  • psychologiques : humiliations, menaces,…

  • physiques : coups, brûlures,...

  • sexuelles : viol conjugal, pratiques sexuelles imposées,   pornographie, prostitution,…

  • économiques : privation de ressources, interdiction de travailler,…

  • administratives : confiscation de papiers, limite d’accès aux droits,…

  • les cyberviolences : confiscation du téléphone, sms d’insultes, mise en place de logiciels espions,…

"Les cyberviolences dans les relations intimes et en contexte de séparation réfèrent à l’usage des technologies pour surveiller, contrôler, harceler un partenaire intime ou un ex-partenaire ou pour mettre de la pression sur ce dernier. Différents dispositifs technologiques sont employés par les partenaires et les ex-partenaires intimes pour exercer ces formes de violence (ex. : géolocalisation, services de messagerie instantanée, chaîne de diffusion vidéos, réseaux sociaux)". (https://www.inspq.qc.ca/violence-conjugale/comprendre/cyberviolences-dans-les-relations-intimes)

Plus d'informations sur les différentes formes de cyberviolences

 

Ces différentes formes se cumulent diversement, atteignent des degrés de cruauté variables et se manifestent sur des durées allant d'un jour à de très longues années.

 

Toutes les formes de violences conjugales vis-à-vis des femmes constituent fondamentalement une attaque de leur statut de femme, de mère, d'individu et mettent en danger leur santé psychique et physique ainsi que celle de leurs enfants. Plus la violence exercée sur la femme est récurrente, plus longtemps elle l'enferme dans un huis clos qui devient une véritable prison, plus ses effets seront graves pour elle et pour ses enfants.

 

La violence psychologique précède et accompagne toutes les autres formes de violence même si, comme cela arrive souvent, elle n'est pas identifiée comme telle : une tension maintenue par le conjoint au quotidien, des remarques acerbes répétées, des "petites" humiliations, des reproches et des critiques à tous propos.

 

Le processus

 

La peur s'installe. Parfois insidieusement, parfois très rapidement.

 

La plupart du temps, la femme se dit que c'est de sa faute, s'identifiant ainsi aux reproches de son conjoint.Elle cherche à "s'améliorer" pour éviter les coups et les humiliations et aussi pour mériter son amour. Mais ses efforts n'y font rien, le processus des violences est enclenché.

 


















 

Alors elle perd totalement confiance en elle. L'alternance des phases de violence et des phases de lune de miel contribuent à la déstabiliser encore plus, elle ne sait plus que croire ni qui croire : Est-il gentil, Est-il violent ? Est-elle aimable ? Est-elle "une moins que rien", comme il le lui a dit hier encore ? 

 

Les femmes qui ont vécu des situations de violence conjugale parfois très graves disent en grande majorité que "ce qui fait le plus mal, ce ne sont pas les coups, mais les mots". En effet, la violence véhiculée par les mots : insultes, menaces, dévalorisations, humiliations est redoutable.

De même que les coups laissent des traces sur le corps, les humiliations répétées laissent des traces sur la perception que les femmes ont d'elles-mêmes. Elles finissent par s'identifier totalement à l'image que leur conjoint leur renvoie et l'on peut dire qu'une grande partie de leur souffrance découle de la perte totale d'estime d'elles mêmes, du sentiment d'être "rien", qui va les rendre encore plus vulnérables aux violences et à l'emprise que leur conjoint exercent sur elles.

 

L'emprise

  

L'emprise désigne l'ascendant intellectuel ou moral exercé sur un individu ou un groupe. Elle est à rapprocher des notions de domination, d'autorité, d'influence, mais aussi de dépendance. Généralement, au sein d'un couple où les violences s'exercent durablement, si elles ne sont pas dues à des pathologies psychiatriques, on parle de "relation d'emprise".

 

Trois dimensions principales décrivent cette relation (Roger Dorey) :

   

- Une action d'appropriation par dépossession de l'autre (de ce qu'il est et de ce qu'il a)

- une action de domination où l'autre est maintenu dans un état de soumission et de dépendance

- une empreinte sur l'autre qui est marqué physiquement et psychiquement.

 

Fondamentalement, dans la relation d'emprise qu'il instaure dans son couple, l'homme auteur de violences traite sa femme comme un objet, SON objet, à qui il dénie tout droit à la différence et à l'autonomie. Son but est de la contrôler totalement et tout écart est immédiatement sanctionné.L'ascendant qu'il exerce sur elle relève d'une véritable fascination, et on a l'impression qu'elle se pétrifie un peu plus à chaque violence jusqu'à perdre toute capacité de réaction et donc de décision.

  

C'est aussi à cause de cette relation d'emprise que certaines femmes restent auprès de leur conjoint violent parfois de très longues années.

 
 

Vous vous reconnaissez dans ces situations de violences ?

Sachez que vous n'êtes pas responsable de cette situation.

L'agresseur est le seul responsable.

Rien ne justifie la violence. 

La loi interdit et punit les violences.

Des solutions existent pour s'en sortir. 

Des professionnel.le.s sont là pour vous écouter et vous accompagner

 

Ce que vous pouvez faire :

 

En parler : briser le silence

 

Les violences conjugales se déroulent généralement sans témoin, dans l'intimité. Ces circonstances et les sentiments de honte ou de gêne conduisent beaucoup de femmes victimes de violences conjugales à garder le silence et craindre le jugement. Ces états contribuent à mettre en place ou maintenir une relation d'emprise.  

 

Oser en parler c'est commencer à s'en sortir.

 

En parler, pour réfléchir à ce que vous souhaitez faire

 

Hormis les situations qui nécessitent une mise en sécurité immédiate, la prise de décision est issue d'une réflexion qui peut prendre du temps. C'est un processus.

 

Pleins de questions peuvent surgir : comment sauver mon couple ? Comment l'aider ? Partir mais où aller ? Vais-je arriver à vivre seule, à m'occuper seule de mes enfants ? Quels risques je prends en partant ? Quels sont mes droits, mes  obligations ? Que quoi allons nous vivre ?

 

Il y n'a pas de bonne ou mauvaise question. Ce qui est important c'est de construire votre décision en fonction de votre situation, en tout connaissance de cause et à votre rythme.

A qui en parler ?

 

Vous pouvez en parler à votre entourage ou/et à des professionnel.le.s : ​

Le 3919 - Violences Femmes Info 

Numéro d’écoute national destiné aux femmes victimes de violences, à leur entourage et aux professionnel.le.s concernés. Appel anonyme et gratuit 7 jours sur 7, de 9h à 22h du lundi au vendredi et de 9h à 18h les samedi, dimanche et jours fériés.

Le 3919 « Violences Femmes info » est, depuis le 1er janvier 2014, le numéro national de référence d’écoute téléphonique et d’orientation à destination des femmes victimes de violences (toutes les violences, violences conjugales, violences sexuelles, mariages forcés, mutilations sexuelles féminines, violences au travail), de leur entourage et des professionnels concernés. Anonyme, accessible, gratuit depuis un poste fixe ou mobile en métropole, comme dans les départements d’outre-mer, ce numéro national garantit une écoute, une information, et, en fonction des demandes, une orientation adaptée vers les dispositifs locaux d’accompagnement et de prise en charge.

Les associations spécialisées en Île-de-France du réseau Solidarité Femmes 

Dans le Val-de-Marne

l'association Tremplin 94 S0S Femmes 

 

En cas d'urgence, que faire ? 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour trouver un hébergement d'urgence :

faire le 115 (24/24),

et/ou se rendre à l'Espace Départemental de Solidarités le plus proche de chez vous

(du lundi au vendredi de 9h à 17h)